Conakry, 19 avril 2026 – Un symposium dédié à la mémoire de Mamadou Sylla s’est tenu ce dimanche au Palais du Peuple de Conakry. À cette occasion, Boubacar Yacine Diallo, président de la Haute Autorité de la Communication (HAC), a livré un témoignage poignant, retraçant le parcours et l’engagement patriotique de l’homme d’affaires et acteur politique disparu.
Dans une intervention marquée par des souvenirs personnels, le président de la HAC a évoqué un épisode survenu en 2000, en pleine période de tensions aux frontières guinéennes.
« En 2000, lors de la rébellion à nos frontières, je suis allé le voir pour qu’il règle une facture de 5 millions. Ce jour-là, il m’a dit :
“Ça va coûter cher, tu attendras deux jours.”
Puis il m’a confié qu’il avait acheté des véhicules militaires et les avait fait distribuer le long de la frontière, à ses propres frais. »
Face à cet engagement, Boubacar Yacine Diallo dit lui avoir posé une question sur les risques financiers encourus:
« Mais, ça va coûter cher… et si l’État ne te rembourse pas ? »
La réponse de Mamadou Sylla, rapportée fidèlement, illustre selon lui le sens du devoir du défunt :
« Ce sera ma contribution à la nation. Chacun de nous a le devoir d’y participer. »
Au-delà de cet acte, le président de la HAC a retracé le parcours atypique de l’homme d’affaires. Parti de modestes travaux champêtres, Mamadou Sylla s’est lancé dans l’exploitation artisanale du diamant avec son père à Banankoro, dans la préfecture de Kérouané. Il y a constitué son premier capital avant de rejoindre Conakry, où il a créé une entreprise de vente de denrées de première nécessité.
Grâce à son énergie, sa persévérance et son sens des affaires, “l’enfant de Balandé” a rapidement bâti un empire économique. Sa société, devenue un groupe structuré, s’est étendue dans plusieurs pays d’Afrique et d’Amérique à travers une douzaine de filiales. Acteur majeur du secteur privé, il a contribué à la libéralisation économique à l’avènement de la Deuxième République, tout en suscitant admiration et critiques, notamment en raison de sa proximité avec l’ancien président Lansana Conté.
Figure incontournable du patronat, Mamadou Sylla a été membre fondateur de la Chambre de commerce, d’industrie et d’agriculture de Guinée ainsi que du Conseil national du patronat de Guinée. Il a également dirigé des organisations patronales à l’échelle ouest-africaine, notamment la Fédération des organisations patronales de l’Afrique de l’Ouest (FOPAO).
Dans son témoignage, Boubacar Yacine Diallo a insisté sur l’héritage laissé par l’homme :
« La vie de Mamadou Sylla était un message fort, un témoignage pour les hommes d’affaires guinéens. Avec sa disparition, nous perdons à lui un précieux soutien. Sa disparition pose dans les rangs des hommes d’affaires guinéens un vide difficile à combler. »
Autodidacte, Mamadou Sylla a également marqué la scène politique guinéenne. Fondateur de l’Union démocratique de Guinée (UDG), il a été candidat à l’élection présidentielle de 2010, député à plusieurs législatures et chef de file de l’opposition parlementaire.
Décédé le 16 avril 2020, il laisse derrière lui l’image d’un homme engagé, fidèle à ses convictions et attentif aux plus démunis. Pour le président de la HAC, ce symposium aura été l’occasion de rappeler “le parcours d’un homme d’affaires intelligent, éclairé, avec un esprit d’entreprise très remarquable”, mais surtout celui d’un citoyen convaincu que chacun a un rôle à jouer dans la construction nationale.
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